Par Mauli Mehta, responsable des événements internationaux
La 70e session de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies (CSW70), qui s’est tenue du 9 au 19 mars 2026 au siège de l’ONU à New York, a réuni des gouvernements, des agences des Nations Unies, la société civile et des partenaires mondiaux du secteur de la santé afin de faire avancer le thème prioritaire de cette année : garantir et renforcer l’accès à la justice pour toutes les femmes et toutes les filles. À une époque où l'état de droit est soumis à des pressions croissantes, les discussions ont mis en évidence une réalité cruciale : les inégalités juridiques continuent de façonner la vie des femmes, et combler ces écarts nécessite une action coordonnée et intersectorielle.
Unis pour la santé et les droits sexuels et reproductifs : la coalition « Stronger Together »
La réunion stratégique de la coalition « Stronger Together », organisée par le WHGI et ONU Femmes, a rassemblé des membres de la coalition « Stronger Together » et de la Coalition d’action pour l’autonomie corporelle et les droits sexuels et reproductifs. L’objectif était clair : identifier les priorités communes pour lesquelles une action collective peut avoir un impact significatif.
Le point sur la Coalition d'action a mis en évidence à la fois l'ampleur et la dynamique de l'initiative. Plus de 300 dirigeants et signataires se sont désormais engagés, et un groupe restreint fait avancer les travaux dans quatre domaines d'action — notamment l'extension de l'éducation sexuelle complète (CSE) — et élabore six plans de mise en œuvre. La collaboration entre les différentes coalitions est déjà en cours, qu'il s'agisse d'initiatives conjointes visant à lutter contre les mutilations génitales féminines (MGF) en Gambie ou d'initiatives régionales plus larges.
De gauche à droite : Arpan Patel, du Groupe principal des Nations Unies pour les enfants et les jeunes (MGCY), Kellie Welborn et Mauli Mehta (WHGI).
Priorités clés
Deux thèmes sont ressortis avec le plus de force de la discussion.
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- La lutte contre les mythes et la mise en avant de contre-récits ont suscité un élan considérable. Les participants ont souligné que la désinformation n’est pas fortuite : il s’agit d’une tactique délibérée employée par les acteurs hostiles aux droits pour freiner les progrès. En réponse à cela, il est nécessaire de disposer d’outils pratiques et accessibles que la société civile et les réseaux communautaires puissent utiliser, et pas seulement de documents stratégiques destinés à un public international. L’accessibilité linguistique est au cœur de cet effort.
- L'intégration des jeunes et le leadership féministe ont soulevé des questions importantes. Comment les coalitions peuvent-elles aller au-delà de la simple consultation pour placer véritablement les mouvements de jeunesse au cœur de leurs actions ? Les exemples de modèles intégrés mis en place dans plusieurs pays ont constitué un point de départ, mais les participants ont convenu que des approches plus ciblées étaient nécessaires.
Les participants ont identifié plusieurs domaines de collaboration immédiats, notamment la coordination autour de la Commission de la population et du développement (CPD), les contributions au processus du Manifeste de la jeunesse et une éventuelle action conjointe visant à développer l'éducation sexuelle et relationnelle (ESR). Plus généralement, la réunion a confirmé que les recoupements entre les coalitions sont à la fois réels et précieux, et qu'il faut désormais passer de la question de savoir s'il faut collaborer à celle de savoir comment le faire efficacement.
VIH, égalité des sexes et justice : un carrefour crucial
Le WHGI a également coparrainé et participé à l’événement parallèle intitulé « When Funding Retreats, Rights Recede: The Gendered Cost of Under-Investing in HIV » ( Quand les financements se retirent, les droits reculent : le coût sexospécifique du sous-investissement dans la lutte contre le VIH), organisé dans le cadre de la 70e session de la Commission de la condition de la femme (CSW70) en collaboration avec ONU Femmes, l’ONUSIDA, la SADC et d’autres partenaires.
Cette réunion a rassemblé des représentants des gouvernements, des agences des Nations Unies, de la société civile et des jeunes leaders afin d'examiner comment la baisse des investissements dans la lutte contre le VIH et en faveur de l'égalité des sexes compromet l'accès à la justice et aux services essentiels, en particulier pour les adolescentes et les jeunes femmes.
Le message était clair : le financement des initiatives va de pair avec le respect des droits. Trois priorités se sont dégagées : un financement durable et sensible au genre ; des réformes juridiques inclusives ; et un leadership significatif des jeunes et des communautés. À l’heure où les priorités mondiales évoluent, les participants ont souligné que les progrès en matière d’égalité des sexes et de lutte contre le VIH ne pouvaient pas se permettre de marquer le pas.
Tout au long de la CSW70, l’Institut William H. Gates Sr. pour la population et la santé reproductive a joué un rôle fédérateur et catalyseur : il a réuni les partenaires, orienté les discussions clés et ouvert des voies concrètes de collaboration. Qu’il s’agisse de renforcer la cohésion de la coalition ou de mettre en avant les enjeux urgents à la croisée du VIH, du genre et de la justice, l’engagement du WHGI reflète une volonté plus large : faire en sorte que le dialogue mondial se traduise par une action coordonnée, des investissements durables et des progrès mesurables pour les femmes et les filles.







