Contexte : L'utilité prédictive de l'indicateur des besoins non satisfaits en matière de contraception n'est pas bien connue, bien qu'il soit reconnu comme un indicateur clé de la planification familiale permettant de mettre en évidence la demande existante en matière de contraception. Cette étude évalue l'influence dynamique des besoins non satisfaits sur le délai d'adoption d'une méthode contraceptive, par rapport à celle des intentions contraceptives et de leur concordance.
Méthodes : Cette étude observationnelle a analysé les données d’une enquête, notamment un calendrier contraceptif, fournies par un panel de 747 femmes ougandaises en âge de procréer, sexuellement actives et n’utilisant pas de contraception, interrogées pour la première fois dans le cadre d’une enquête nationale menée en 2014, puis à nouveau en 2018. Nous avons réalisé une analyse descriptive, une analyse de survie et une analyse de régression de Cox multivariée afin d’évaluer l’influence des mesures de référence relatives aux besoins non satisfaits des femmes, de leur intention autodéclarée de recourir à la contraception et de la concordance entre ces éléments et le délai d’adoption d’une contraception moderne sur une période de 36 mois.
Résultats : L'étude a révélé que les femmes classées comme ayant un besoin non satisfait mettaient plus de temps à adopter une méthode contraceptive que celles qui n'avaient pas de besoin non satisfait, après ajustement sur les covariables de fond (aHR = 0,79 ; IC à 95 % = 0,57-1,10). Les femmes ayant l'intention d'utiliser un moyen de contraception à l'avenir ont adopté celui-ci de manière significativement plus rapide (aHR = 1,45 ; IC à 95 % = 1,22-1,73) que celles qui n'en avaient pas l'intention. Les femmes ne présentant aucun besoin non satisfait mais ayant l’intention d’utiliser un moyen de contraception présentaient le taux d’adoption le plus élevé par rapport à celles qui n’avaient ni besoin ni intention d’en utiliser (aHR = 2,78 ; IC à 95 % = 1,48-5,25).
Conclusions : L’indicateur de besoin non satisfait s’avère moins performant que les intentions contraceptives pour prédire l’adoption future d’une méthode contraceptive, ce qui mérite d’être approfondi en tant que facteur prédictif complémentaire de l’utilisation future. Les femmes qui n’utilisent pas de contraception, qui ont un besoin non satisfait mais qui n’ont pas l’intention d’utiliser une méthode contraceptive, méritent tout particulièrement une attention particulière dans le cadre des programmes.