Contexte : La prévalence de l’infertilité sur 12 mois au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Kenya et en Ouganda diffère-t-elle entre les femmes qui tentent de concevoir et l’ensemble de la population féminine ayant des rapports sexuels non protégés ? Comment les hypothèses et les ajustements du modèle influencent-ils les estimations de prévalence ? Bien qu’avoir un enfant soit une expérience humaine fondamentale, l’ampleur du phénomène de l’infertilité chez les femmes et les couples reste un domaine de recherche négligé, en particulier en Afrique subsaharienne. Les estimations existantes de l’infertilité dans cette région varient considérablement, allant de 2 % à 32 % ; cependant, les impacts potentiels de la variabilité des populations étudiées et des hypothèses des modèles n’ont pas été suffisamment examinés.
Méthodes : Nous avons utilisé les données d’enquêtes transversales représentatives au niveau national menées au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Kenya et en Ouganda. Nous avons eu recours à un plan d’échantillonnage aléatoire par grappes à plusieurs degrés, avec une sélection des grappes selon une probabilité proportionnelle à leur taille au sein de chaque pays, afin d’obtenir des échantillons représentatifs de femmes âgées de 15 à 49 ans. La taille des échantillons variait de 3 864 en Côte d’Ivoire à 9 489 au Kenya. Nous avons constitué deux échantillons analytiques dans chaque pays — les « essayeuses » et un échantillon plus large de femmes ayant eu des rapports sexuels non protégés — afin d’étudier les différences dans les caractéristiques de la population et d’estimer la prévalence ponctuelle de l’infertilité sur 12 mois à l’aide de l’approche de la durée actuelle (CD).
Résultats : L'application de l'approche CD auprès des couples essayant d'avoir un enfant a permis de constater une prévalence globale de l'infertilité sur 12 mois de 7,9 % (IC à 95 % : 6,6-12,7) au Burkina Faso, de 29,6 % (IC à 95 % : 15,3-100,0) en Côte d'Ivoire, 24,5 % (IC à 95 % : 16,5-34,6) au Kenya et de 14,7 % (IC à 95 % : 8,1-22,4) en Ouganda. Les résultats concernant les femmes ayant eu des rapports sexuels non protégés ont révélé des taux d’infertilité nettement plus élevés, allant de 22,4 % (IC à 95 % : 18,6-30,8) en Ouganda à 63,7 % (IC à 95 % : 48,8-87,9) en Côte d’Ivoire.
Conclusions : Il est important de bien comprendre les incohérences au niveau des définitions et des approches analytiques, ainsi que leurs implications pour l'estimation de l'infertilité, afin de suivre de manière fiable les tendances en matière d'infertilité à l'échelle de la population, d'identifier les facteurs qui influencent l'infertilité, d'améliorer les programmes de prévention et de garantir l'accès à des traitements et à des services de qualité.