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Incidence et sécurité de l'avortement provoqué en Côte d'Ivoire

Auteurs : Suzanne Bell, Caroline Moreau

Année de publication : 2020

Lien vers le fichier : https://doi.org/10.1371/journal.pone.0232364

Contexte : En Côte d’Ivoire, l’avortement provoqué est légalement restreint, sauf si la grossesse met en danger la vie de la femme. Cependant, les données disponibles, bien que limitées, suggèrent que l’avortement est courant et que les avortements à risque contribuent au taux élevé de mortalité maternelle dans le pays. Notre étude visait à estimer l’incidence sur un an de l’avortement provoqué en Côte d’Ivoire à l’aide de méthodologies directes et indirectes, à évaluer la sécurité des avortements déclarés et à identifier les femmes les plus susceptibles d’avoir subi récemment un avortement provoqué ou un avortement à risque.

Méthodes : En 2018, nous avons mené une enquête représentative à l’échelle nationale, basée sur la population, auprès de femmes âgées de 15 à 49 ans en Côte d’Ivoire. Les femmes ont rendu compte de leurs propres expériences d’avortement ainsi que de celles de leur confidente la plus proche. Nous avons estimé l’incidence sur un an des avortements provoqués, ainsi que la sécurité des avortements subis par les femmes. À l’aide de régressions bivariées et multivariées, nous avons évalué séparément les caractéristiques sociodémographiques associées au fait d’avoir subi un avortement récent ou un avortement à risque.

Résultats : Au total, 2 738 femmes ont participé à l’enquête, dont environ deux tiers ont rendu compte des expériences d’avortement vécues par leur amie la plus proche. D’après les données des participantes, l’incidence sur un an des avortements provoqués était de 27,9 (IC à 95 % : 18,6–37,1) pour 1 000 femmes en âge de procréer, tandis que l’incidence chez les amies proches était plus élevée, à 40,7 (IC à 95 % : 33,3–48,1) pour 1 000. Parmi les personnes interrogées, 62,4 % des avortements étaient les plus dangereux, tandis que 78,5 % des avortements chez les confidentes étaient les plus dangereux. Les adolescentes, les femmes les moins instruites et les femmes les plus pauvres ont subi les avortements les plus dangereux.

Conclusions : Cette étude fournit les premières estimations nationales concernant l’incidence et la sécurité de l’avortement provoqué en Côte d’Ivoire, en s’appuyant sur une approche basée sur la population afin d’explorer les déterminants sociaux de l’avortement et de l’avortement à risque. À l’instar d’autres recherches, nos résultats suggèrent que les restrictions légales en matière d’avortement en Côte d’Ivoire n’empêchent pas les femmes de recourir à l’avortement, mais les poussent plutôt à recourir à des méthodes d’avortement à risque et potentiellement dangereuses. Il est urgent de mettre en œuvre des mesures visant à réduire les risques liés à l’avortement à risque.