Contexte : Bien que l’on s’attende à ce que la COVID-19 entraîne des obstacles à la santé sexuelle et reproductive des femmes, l’impact réel de la pandémie sur le recours à la contraception et le risque de grossesse non désirée chez les femmes, en particulier en Afrique subsaharienne, reste largement méconnu. Notre objectif était d’examiner les évolutions, à l’échelle de la population, des besoins et du recours à la contraception chez les femmes pendant la pandémie de COVID-19, de déterminer si ces évolutions variaient en fonction des caractéristiques sociodémographiques, et de comparer les changements observés pendant la pandémie de COVID-19 aux tendances des deux années précédentes.
Méthodes : Dans cette étude, nous avons utilisé les données issues de quatre vagues d’enquêtes « Performance Monitoring for Action » (PMA) menées auprès de la population dans quatre zones géographiques : deux au niveau national (Burkina Faso et Kenya) et deux au niveau infranational (Kinshasa, en République démocratique du Congo, et Lagos, au Nigeria). Ces zones géographiques ont été sélectionnées pour cette étude car elles ont réalisé des enquêtes juste avant l’apparition de la COVID-19 et ont mis en place un suivi spécifique à la COVID-19. La première vague comprenait l’enquête de référence du panel PMA menée entre novembre 2019 et février 2020 (ci-après dénommée « enquête de référence »). La deuxième vague comprenait des enquêtes de suivi par téléphone menées entre le 28 mai et le 20 juillet 2020 (ci-après dénommées « suivi COVID-19 »). Les troisième et quatrième vagues comprenaient deux vagues d’enquêtes transversales antérieures menées dans les mêmes zones géographiques entre 2017 et 2019.
Résultats : Nos analyses se sont limitées à 7 245 femmes en couple (mariées ou vivant avec un partenaire, comme si elles étaient mariées) qui ont été interrogées lors de l’enquête initiale et lors du suivi lié à la COVID-19. La proportion de femmes ayant besoin d’une contraception a augmenté de manière significative uniquement à Lagos, de 5,81 points de pourcentage (passant de 74,5 % à 80,3 %). Le recours à la contraception chez les femmes qui en avaient besoin a augmenté de manière significative dans les deux zones rurales étudiées, avec une hausse de 17,37 points de pourcentage dans les zones rurales du Burkina Faso (de 30,7 % à 48,1 %) et de 7,35 points de pourcentage dans les zones rurales du Kenya (de 71,6 % à 78,9 %). Ces tendances générales masquent plusieurs schémas distincts selon les groupes sociodémographiques. Plus précisément, on a observé une augmentation des besoins en matière de contraception chez les femmes nullipares dans toutes les zones géographiques étudiées.
Conclusions : Nos résultats ne corroborent pas l’hypothèse d’un effet néfaste de la COVID-19 sur l’accès aux services de contraception et leur utilisation par les femmes au tout début de la pandémie. Bien que ces résultats soient globalement encourageants, nous tenons à souligner que ces tendances pourraient ne pas perdurer en cas de difficultés économiques prolongées et de perturbations des services.