Contexte : Nombreux étaient ceux qui prévoyaient que la COVID-19 aurait un impact considérable sur l'évolution de la santé sexuelle et reproductive (SSR) des adolescents en Afrique subsaharienne. L'absence de données longitudinales comprenant des informations recueillies avant et pendant la pandémie a limité les recherches sur ce sujet.
Méthodes : Nous avons réalisé une analyse secondaire à partir de données longitudinales représentatives à l’échelle nationale provenant du Kenya et du Burkina Faso, recueillies à trois moments différents (avant la pandémie de COVID-19, fin 2019, et pendant la pandémie, en 2020 et 2021), afin de déterminer dans quelle mesure les résultats et les comportements en matière de santé sexuelle et reproductive – notamment la grossesse, l’utilisation de moyens de contraception, la situation relationnelle et l’activité sexuelle – ont évolué chez les adolescentes pendant la pandémie.
Résultats : Chez les adolescents âgés de 15 à 19 ans (Kenya, n = 1 893 ; Burkina Faso, n = 1 422), on a observé en 2021 une diminution tant du nombre de partenaires que du nombre de grossesses par rapport à 2019, avant la pandémie de COVID-19. Le recours à la contraception a augmenté de manière significative entre 2019 et 2021 au Kenya uniquement (rapport de cotes ajusté [aOR] : 1,42 ; intervalle de confiance [IC] à 95 % : 1,03-1,97). La perte de revenus des ménages liée à la COVID-19 a été associée à une baisse de l’activité sexuelle chez les jeunes filles kenyanes non mariées (OR ajusté : 0,47 ; IC à 95 % : 0,25-0,87) et à une diminution des risques de grossesse au Burkina Faso (OR ajusté : 0,13 ; IC à 95 % : 0,02-0,91). Nous n’avons pas mis en évidence de lien entre les mesures liées à la COVID-19 et le début d’une relation amoureuse ou le mariage dans aucun des deux contextes.
Conclusions : Contrairement aux prévisions, nos résultats suggèrent que la COVID-19 n’a pas eu d’impact constant ni durable sur la santé sexuelle et reproductive et les comportements des adolescents au Burkina Faso et au Kenya. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour évaluer les implications à long terme de la pandémie sur les résultats sociaux et sanitaires des adolescents.