Contexte : La planification familiale est l’un des quatre piliers de l’Initiative pour une maternité sans risque, qui vise à réduire la mortalité maternelle dans les pays en développement. Notre objectif était d’estimer l’effet de l’utilisation des contraceptifs sur la mortalité maternelle, ainsi que la réduction attendue de cette mortalité si les besoins non satisfaits en matière de contraception étaient comblés, aux niveaux national, régional et mondial.
Méthodes : Nous avons extrait les données pertinentes de la base de données du Groupe interinstitutions d’estimation de la mortalité maternelle (MMEIG), de la base de données des Nations unies sur l’utilisation mondiale des contraceptifs en 2010 et de la base de données des Perspectives démographiques mondiales 2010 des Nations unies, puis nous avons appliqué une approche de modélisation contrefactuelle (modèle I), reproduisant la méthode d’estimation de la mortalité maternelle du MMEIG (OMS), afin d’estimer le nombre de décès maternels évités grâce à l’utilisation de contraceptifs dans 172 pays. Nous avons utilisé un deuxième modèle (modèle II) pour réaliser la même estimation pour 167 pays et pour évaluer l’effet de la satisfaction des besoins non satisfaits en matière de contraception. Nous avons effectué des analyses de sensibilité et comparé la concordance entre les modèles.
Résultats : Nous estimons, à l'aide du modèle I, que 342 203 femmes sont décédées de causes liées à la maternité en 2008, mais que l'utilisation de contraceptifs a permis d'éviter 272 040 (intervalle d’incertitude : 127 937-407 134) décès maternels (soit une réduction de 44 %) ; ainsi, sans l’utilisation de la contraception, le nombre de décès maternels aurait été 1,8 fois supérieur au total enregistré en 2008. Répondre aux besoins non satisfaits en matière de contraception permettrait d’éviter 104 000 décès maternels supplémentaires par an (soit une réduction de 29 %).
Conclusions : Le nombre de grossesses non désirées et les besoins non satisfaits en matière de contraception restent élevés dans de nombreux pays en développement. Nous apportons la preuve que le recours à la contraception constitue une stratégie de prévention primaire importante et efficace pour réduire la mortalité maternelle dans les pays en développement.