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Publications et ressources du WHGI

Inégalités en matière de fréquence et de sécurité de l'avortement au Nigeria

Auteurs : Suzanne Bell, Caroline Moreau

Année de publication : 2020

Lien vers le fichier : https://doi.org/10.1136/bmjgh-2019-001814

Contexte : On dispose de peu d’informations sur la fréquence, les facteurs associés et les conditions dans lesquelles les femmes recourent à l’avortement provoqué au Nigeria. Cette étude vise à estimer l’incidence des avortements provoqués sur une période d’un an, ainsi que la proportion d’avortements dangereux, tant globalement que selon les caractéristiques sociodémographiques des femmes, à l’aide de méthodes directes et indirectes.

Méthodes : Les données utilisées dans cette étude proviennent d’une enquête représentative à l’échelle nationale, menée auprès d’une population de femmes en âge de procréer (15-49 ans) au Nigeria. Les enquêteurs ont demandé aux femmes de rendre compte de leurs propres expériences en matière d’avortement ainsi que de celles de leur confidente la plus proche. Nous avons procédé à des ajustements pour tenir compte des biais potentiels dans les données relatives aux confidentes. Les analyses comprennent l’estimation de l’incidence des avortements provoqués et des avortements à risque sur une période d’un an, ainsi qu’une évaluation bivariée et multivariée de leurs facteurs associés.

Résultats : Au total, 11 106 femmes en âge de procréer ont répondu à l’enquête destinée aux femmes ; elles ont fait état de 5 772 personnes de confiance. L’incidence des avortements sur un an chez les participantes était de 29,0 (IC à 95 % : 23,3 à 34,8) pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans, tandis que celle observée chez leurs confidentes était de 45,8 (IC à 95 % : 41,0 à 50,6). Les incidences des avortements chez les participantes à l’enquête et chez leurs confidentes ont révélé des facteurs associés similaires : les femmes âgées de 20 à 29 ans, celles ayant suivi des études secondaires ou supérieures et celles vivant en milieu urbain étaient les plus susceptibles d’avoir subi un avortement au cours de l’année précédente. La majorité des avortements pratiqués sur les participantes à l’enquête et sur leurs confidentes étaient les plus à risque (respectivement 63,4 % et 68,6 %). Les femmes âgées de 15 à 19 ans, celles n’ayant jamais été scolarisées et les femmes les plus pauvres étaient significativement plus susceptibles d’avoir subi les avortements les plus à risque.

Conclusions : Les résultats indiquent que l’avortement au Nigeria constitue un problème de santé publique et un enjeu d’inégalité sociale. Il est essentiel de s’efforcer d’élargir les conditions légales régissant l’avortement dans ce pays. Parallèlement, les initiatives visant à mieux faire connaître l’existence des médicaments permettant l’avortement médicamenteux, afin de permettre aux femmes de procéder elles-mêmes à l’interruption de grossesse en toute sécurité, peuvent contribuer à réduire le fardeau de la morbidité et de la mortalité liées aux avortements pratiqués dans des conditions dangereuses.