Contexte : Cette étude vise à estimer l'incidence et la sécurité de l'avortement provoqué au Burkina Faso à l'aide de méthodes directes et indirectes, tant globalement que selon les caractéristiques sociodémographiques des femmes.
Méthodes : Les données proviennent d’une enquête représentative à l’échelle nationale menée auprès de femmes en âge de procréer (n = 6 388). Afin de pallier le biais lié à la désirabilité sociale dans les déclarations concernant l’avortement, nous avons interrogé les participantes sur l’expérience de leurs amies les plus proches en matière d’avortement.
Résultats : En 2020, l’incidence des avortements sur un an chez les personnes interrogées était de 4,0 (IC à 95 % : 2,2–5,9) pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans, tandis que l’incidence ajustée chez leurs amies était de 22,9 (IC à 95 % : 15,8–30,0). Bien que cette différence ne soit pas statistiquement significative, l’incidence des avortements était plus élevée chez les adolescentes, les femmes célibataires, celles ayant un niveau d’études supérieur et celles vivant en milieu urbain, tant parmi les personnes interrogées que parmi leurs amies. Environ neuf avortements sur dix étaient pratiqués dans des conditions dangereuses (90 % chez les personnes interrogées, 95 % chez leurs amies), les résultats concernant les personnes interrogées et leurs amies suggérant un risque plus élevé d’avortement pratiqué dans des conditions dangereuses chez les femmes plus âgées, celles ayant un faible niveau d’études et celles résidant en milieu rural.
Conclusions : Malgré l'augmentation récente du recours à la contraception et la persistance des restrictions légales, l'avortement reste courant au Burkina Faso et est souvent pratiqué dans des conditions dangereuses, ce qui laisse entrevoir l'existence de disparités potentielles.