Contexte : Le Niger est un pays où les restrictions légales et le manque de recherches ont longtemps limité notre compréhension de l'ampleur et de la sécurité de l'avortement provoqué. La présente étude est la première étude nationale consacrée à l'avortement provoqué au Niger.
Méthodes : L’étude utilise des méthodes directes (déclaration des personnes concernées) et indirectes (méthode de la meilleure amie) pour fournir des estimations représentatives à l’échelle nationale de l’incidence et de la sécurité des avortements provoqués, et évalue la performance de l’approche de mesure indirecte. Nous avons utilisé des données d’enquête transversales et représentatives portant sur des femmes âgées de 15 à 49 ans au Niger, recueillies entre janvier et mai 2022 ; l’échantillon final comprenait 3 696 femmes. L’enquête comprenait des questions sur l’expérience des participantes et de leurs amies les plus proches en matière d’avortement, notamment sur les méthodes et les sources utilisées. Nous avons calculé l’incidence des avortements sur une année ainsi que la proportion d’avortements recourant à des méthodes et/ou des sources non recommandées afin de déterminer la sécurité, séparément pour les participantes et leurs amies, globalement et en fonction des caractéristiques sociodémographiques.
Résultats : Le taux d’avortement chez les amies, entièrement ajusté sur un an, s’élevait à 6,7 avortements pour 1 000 femmes en 2021, ce qui était nettement supérieur au taux correspondant chez les répondantes, qui était de 0,4 pour 1 000 femmes. Les intervalles de confiance étaient larges, mais les estimations concernant les amies suggèrent des taux d’avortement plus élevés chez les femmes âgées de 20 à 29 ans, celles ayant suivi des études secondaires ou supérieures, et celles sans enfant. La quasi-totalité des avortements étaient pratiqués dans des conditions dangereuses (97 % chez les répondantes, 100 % chez les amies), avec des méthodes et/ou des prestataires non recommandés. Bien que le nombre d’avortements fût faible, les avortements pratiqués dans des conditions dangereuses semblaient plus fréquents chez les femmes plus âgées, les femmes mariées, celles ayant des enfants et celles résidant en milieu rural.
Conclusions : Nos résultats indiquent que, malgré les restrictions légales, certaines femmes recourent à l'avortement au Niger, au péril de leur intégrité physique. Il est essentiel de garantir un accès adéquat à des services de planification familiale volontaires et de qualité afin de prévenir les grossesses non désirées, ainsi qu'à des soins post-avortement pour traiter les complications, afin de réduire le risque d'avortement à risque dans le pays.